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Carte Normandie 2002
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Voici un texte paru dans le n° 2/2002 du "Petit Liseron", le bulletin de liaison de l'Association Faune et Flore de l'Orne.

Peter Stallegger:
ENQUËTE VER LUISANT

Ver luisant, qui es-tu ?

Nous avons tous observé un soir d'été avec admiration ces points lumineux dans l'herbe qu'on n'ose à peine toucher de peur de se brûler les doigts, même parfaitement au courant que la lumière qu'ils émettent est froide et sans danger.

Mais que se cache sous l'appellation ver luisant, glow worm en anglais, Glühwürmchen en allemand ?

Je suis tombé récemment sur un petit livre consacré entièrement à notre ver luisant et tout ce qui suit est tiré de "Glow-worms" de John TYLER, publié en Grande Bretagne en 1994.

Le ver luisant n'est pas un ver mais un coléoptère de la famille des Lampyridae. Cette famille comprend environ 2000 espèces dans le monde, mais uniquement 2 espèces en Normandie, Lampyris noctiluca, le ver luisant dont il sera question par la suite et Phosphaenus hemipterus, extrêmement rare, beaucoup plus petit.

Tout commence par un œuf d'environ 1mm de diamètre, pondu pendant l'été dans un endroit ni trop sec, ni trop humide. Cet œuf peut déjà émettre de la lumière de temps en temps. Au bout d'environ 35 jours naît une larve (de 5 mm, composé d'une tête et de 12 segments) qui se met aussitôt à la recherche de la seule nourriture qui lui convienne, des escargots ou limaces. En effet, notre ver luisant est un prédateur de gastéropodes terrestres. Nos collègues britanniques ont mesuré les capacités de dispersion de cette larve, 5 mètres par heure, et il faut que cette larve néonate ait trouvé sa première proie au plus tard le cinquième jour après l'éclosion.

Les escargots sont d'abord paralysés par un poison qui est injecté grâce à des mandibules pointues munies d'une canalisation, puis la proie (qui reste vivante) est consommé sous forme de liquide après digestion en partie externe, c'est à dire que la larve répand de la salive qui dissout le corps de l'escargot, puis ingurgite le liquide obtenu.

La larve mue deux fois avant d'hiverner une première fois. Au printemps suivant, la larve continue à se nourrir d'escargots en changeant de peau encore trois fois pour adapter à chaque fois son squelette externe à sa taille qui atteint en fin de deuxième année jusqu'à 30 mm de longueur pour 4 mm de largeur. Pendant le stade larvaire, l'animal peut également de temps en temps émettre de la lumière, juste pour quelques secondes quand il est dérangé par exemple, en continu et même pendant qu'il marche ce que ne fait jamais la femelle adulte, ou encore en clignotant régulièrement à la façon d'un phare.

Après un deuxième hiver passé au stade larvaire, le ver luisant se nourrit de nouveau au printemps avant de se transformer en pupe. La pupe n'est pas protégée par une peau externe, elle à les pattes apparentes et ressemble à la larve. A ce stade, on peut différencier les mâles à leur taille plus petite et à leurs ébauches d'élytres, tandis que la femelle ressemble à la larve, car elle restera aptère à l'état adulte. Vous l'aurez deviné, il y a des émissions de lumière également pendant cette période qui dure entre 8 et 12 jours pour la femelle et 11 et 15 jours pour le mâle.

C'est à partir de fin mai, mais souvent seulement en juin, voire juillet, qu'on peut observer les premiers adultes. Les adultes ne se nourrissent plus du tout et doivent vivre sur les seules réserves accumulées pendant la phase larvaire, les mâles sont capables de voler tandis que les femelles sont aptères et ressemblent énormément aux larves. On peut cependant reconnaître facilement une femelle adulte au fait que les segments ne portent plus de taches blanches en coin.

Une fois adulte, la femelle n'a qu'une hâte, trouver un endroit favorable pour attirer un mâle. Le soir venu, elle grimpe en haut d'un brin d'herbe et émet de la lumière en continu pendant 2 à 3 heures. Si aucun mâle n'apparaît, ses réservent lui permettent de continuer à luire pendant une dizaine de soirées, mais en cas de succès, les émissions cessent immédiatement après l'accouplement. Pendant que les femelles restent immobiles à séduire d'éventuels prétendants, les mâles volent activement, éventuellement tous phares allumés mais ce n'est pas toujours le cas, à la recherche d'une partenaire. Quand ils ont repéré une femelle, ils se laissent tomber par terre pour ensuite trouver la femelle à pied. Mais toute source de lumière semblable peut également agir comme un fort signal sexuel, comme par exemple les témoins lumineux d'une chaise roulante électrique qui avaient attiré une dizaine de mâles en forêt de L'Aigle (observation de Jacques Porcher, entomologiste de L'Aigle). Et encore, les mâles sous nos latitudes ont la vie relativement facile par rapport à des régions où coexistent plusieurs espèces de Lampyridae. Car dans ces régions, certaines espèces arrivent à imiter les clignotements d'une autre espèce pour tromper les mâles en recherche d'amour, pour ensuite s'en servir comme nourriture.

La signature lumineuse de notre ver luisant femelle, ce sont deux bandes horizontales suivies de deux points, situés respectivement au sixième, septième et huitième segment abdominal.

Le processus chimique qui aboutit à l'émission de lumière froide est maintenant assez bien connu. Une molécule, la luciférine, rendu instable par ajout d'atomes d'oxygène en présence d'une enzyme, la luciférase, redevient stable en perdant cette énergie qui se dissipe sous forme de lumière. Fait remarquable, la même réaction chimique régit tous les cas connus d'émissions de lumière dans la nature, des bactéries au champignons, en passant par les poissons des fonds abyssaux et des myriapodes luminescents. Un même animal peut produire plusieurs types de lumière, ainsi le coléoptère nord-américain de la famille des Elateridae, Pyrophorus lagiophtalmus, émet une lumière verte près de la tête et des lumières oranges près de la queue.

Dès la fin de l'accouplement, le femelle cesse d'émettre de la lumière, pour se mettre à la recherche d'endroits de ponte. Entre 50 et 100 œufs seront déposés isolément ou par petits paquets en quelques jours, la femelle meurt après avoir accompli cette tâche, et le cycle peut recommencer.

Nous avons vu que le ver luisant est entièrement dépendant de la présence de mollusques terrestres, que les femelles sont incapables de voler, que la réussite d'un cycle entier suppose une absence de perturbations majeures pendant au moins 2 ans. On peut donc raisonnablement penser que l'agriculture intensive avec son corollaire d'insecticides et hélicides ne lui convient guère, qu'il est probablement plus présent dans les régions d'élevage que dans les zones de grande culture. Pour en savoir plus sur sa répartition dans l'Orne, nous vous proposons de participer l'été prochain à une enquête "ver luisant", enquête qui sera également proposée à tous les habitants de l'Orne par voie de presse.

noctiluca
15/06/02